L’art de renaître
"Quelle horreur, un crâne !" Cette phrase, entendue dans un vide-grenier, a tout déclenché. Trois crânes de chevreuil, abandonnés sur un stand, jugés macabres, indésirables. Pourtant, en les regardant, j’ai vu bien plus que des os : des vestiges de vie, des traces de liberté, de beauté. Des symboles de tout ce qu’on rejette, qu’on ignore, qu’on préfère ne pas voir. Ces crânes sont devenus le point de départ d’une quête : transformer ce qui dérange en quelque chose qui éblouit. Les perles usées, les strass tombés, les plumes oubliées, les bijoux cassés – tous ces fragments de vies passées, de souvenirs douloureux ou abandonnés, je les ai assemblés pour créer des armures de lumière. Parce que ceux qu’on met de côté, ceux qu’on préfère ignorer, ceux qu’on jette dans un fossé… méritent, eux aussi, de briller.
Éclats de vie
Comme des fragments de lumière, ces œuvres captent l’œil et l’âme. Elles sont le fruit d’un travail minutieux, où chaque élément est choisi pour sa capacité à raconter une histoire — la mienne, celle de l’animal, et peut-être la vôtre. Ces pièces ne sont pas des reliques, mais des hymnes à la résilience. Elles parlent de transformation, de métamorphose, et de cette idée que même dans l’absence, il y a une présence.
Du Théâtre des vestiges aux "Éclats de vie"
En 1999, quand j’ai fondé le Théâtre Morosoff à Brest, je voulais donner une voix à ce qui n’en avait pas. Nos spectacles – souvent qualifiés de "théâtre des vestiges" par la critique, exploraient les marges : des personnages oubliés, des lieux abandonnés, des récits enfouis. Nous transformions des espaces urbains en scènes, des objets jetés en décors, et des silences en dialogues. "Au coin de la rue Marengo" ou "3, rue Henri Moreau" n’étaient pas que des titres : c’étaient des invitations à voir ce que la ville cachait – ses fantômes, ses exclus, ses résistances. Pendant deux décennies, j’ai mis en scène des histoires qui dérangeaient, des corps qui "gênaient", des mots qu’on n’entendait plus. Le théâtre, pour moi, était un laboratoire de résurrection : un endroit où ce qui était considéré comme "laid", "inutile", ou "macabre" pouvait devenir poétique, politique, ou simplement humain.